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Welcome in my beautiful blog mes coquins... Vous allez découvrir mes passionnants avis sur des bouquins, des tsédés, des films et d'autres choses encore plus passionnantes... Poutoux à tous et bonne lecture !

Attention, ce qui suit est un petit avertissement sans conséquences sur la survie de la planète face au réchauffement climatique qui va tous nous buter si on ne ferme pas l'eau du robinet quand on se rince les dents du dentifrice qu'on vient également d'étaler sur notre beau pull tout propre...

Bref, parfois, sur ce blog merveilleux, vous pourrez tomber sur un langage que je qualifierais d'imagé... Âmes sensibles s'abstenir donc, mais finalement n'ayez crainte, car vous ne verrez ni bites ni chattes sur ce blog...

;-)

Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /Juil /2007 21:52
departed-score.jpg (c) Silva Screen

Synospsis du film (d'après Allociné) :

A Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise.
Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan.
Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui.
Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité.
Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...

Après avoir commis l'énorme musique pour l'énorme trilogie du Seigneur des Anneaux, musique qui m'a fait aimer la musique de film, j'ai tenté de suivre la carrière de l'ami Howard Shore, compositeur canadien attitré d'un certain David Cronenberg. Et je dois avouer que je n'y ai rien trouvé de particulièrement fameux. Pire : sur History of violence j'ai même trouvé que le thème était d'un mauvais goût sans nom et cassait un peu l'ambiance du film...

Et arriva Les Infiltrés. Je n'ai aucun souvenir de la musique dans le film, Shore ne sait pas vraiment faire dans la transcendance de l'écran ; d'autant que le sous-mixage fréquent de la musique n'aide pas non plus à la faire crever l'écran... Mais je ne sais par quelle pulsion je l'ai (ouh pas bien) téléchargée et à vrai dire j'ai été autant séduit que surpris. Pourquoi ? Parce que le bourrin Shore fait place à un compositeur subtil voire sensible dans un film sans compromis et radical, et une telle sensibilité m'étonne vraiment. Le résultat est vraiment grandiose et beau, subtil, parfois déchirant, profondément nostalgique, tout un ensemble de termes que je n'aurais jamais pu un jour imaginer qu'ils qualifieraient une composition d'Howard Shore !

Shore revient vraiment en force avec cette BO, il démontre à nouveau qu'il est un grand compositeur et mieux : que son talent est multi-facette. Il sait aussi bien illustrer, quand le matériau est dense, une charge de plusieurs milliers de cavaliers que l'incessant et douloureux conflit moral d'un agent de la police infiltré dans la pègre ultraviolente.

Finalement, Shore est un bon compositeur quand le film sur lequel il travaille est lui aussi très bon, même si History of violence contredit un peu cette idée. Reste qu'autant Le Seigneur des Anneaux que Les Infiltrés sont dans leur genre des petits bijoux (voire de vrais chefs d'oeuvres), et dans le deux cas Shore propose une musique vraiment très très bonne.

Piste par piste  (attention spoilers) :

1 - Cops or Criminals : rien que le titre est déjà un bon résumé du propos du film... D'un autre côté, cette musique lumineuse et, avouons-le, par moments un peu laborieuse, tranche nettement avec le ton du film. Un tel contrepied est évidemment intéressant, d'autant que l'orchestration est vraiment soignée. Pour une première piste Shore propose quelque chose de fort et de percutant, laissant augurer le meilleur pour la suite.

2 - 344 Wash : mais c'est surtout cette seconde piste qui fait décoller la BO, oui, on décolle dès la seconde piste, c'est plutôt fort ! Shore introduit une guitare électrique au ton décadent et aérien, les accords semblent couler comme du sang sur un mur, l'effet est vraiment difficile à cerner et pourtant il vient de loin, des profondeurs, des tripes. L'orchestration et plus généralement le volet technique sont eux aussi parfaitement maîtrisés, comme dans la première piste.

3 - Beacon Hill : on enchaîne avec cette piste au son plus mélancolique. Trois pistes et déjà trois ambiances différentes, Shore nous gratifie d'une musique polymorphe et pourtant incroyablement cohérente. Toutes ces ambiances seront une à une approfondies avec toujours une grande cohérence et une grande justesse. Shore avance lentement mais sûrement, et le résultat final est un voyage musical des plus aboutis. 

4 - The Faithful Departed
: on commence par quelques accords de violons dissonants avec ensuite un retour discret de la guitare électrique de 344 Wash. Las, après quelques mesures de cette musique toujours aussi dérangeante, Shore réintroduit la veine nostalgique avec en prime le ton guilleret de la première piste. On assiste avec cette piste à une fusion des trois ambiances posées précédemment, montrant à quel point la vie succède à la mort, le bonheur au malheur, à quel point tout est changeant et confus, où les frontières n'existent pas vraiment, ne sont que des artefacts arbitraites et à la signification très aléatoire. Car la démarche de Shore me paraît maintenant transparente :  mettre en musique l'absence de frontières, pas géographiques, mais morales, émotionnelles, comme le film de Scorcese mélange autant la police à la mafia que l'inverse. Le personnage, déchirant, de DiCaprio illustre ce maëlstrom, perpétuel dilemme moral, et en réalité la musique de Shore fait écho à ce jeu de cartes brouillé, où rien n'est blanc ou noir mais simplement gris.

5 - Colin : on retrouve ici des sonorités sautillantes, le volet nostalgie/tristesse/conflit intérieur en moins. Cette piste sonne comme une suite à la toute première, avec pour l'auditeur le souvenir des pistes précédentes, où les pistes ont été brouillées et tout un peu mélangé... Et ce souvenir donne à cette musique une autre saveur, elle la met en abime et lui redonne une plus grande pertinence. Ce qui semblait sautillant à première vue tiens plutôt de la bouffée d'air dans un monde de fou et de douleur, de violence, le monde du film de Scorcese.

6 - Mandolyn : encore et toujours le même numéro d'équilibriste. Cette fois-ci on revient un peu sur la veine nostalgique, légèrement, subtilement. Même si la démarche de Shore, je trouve, manque un peu de finesse et surtout de spontanéité, je ne peux qu'admirer le résultat final tant il est énorme. Cette piste se conclut sur des accords un peu plus lumineux, donnant l'espoir...

7 - Billy's theme : ...et cet espoir sera véritablement anéanti, annihilé, dans cette piste maitresse, centrale, celle qui illustre et colle parfaitement à la peau du fameux personnage de DiCaprio, Billy, le flic infiltré, dont le regard trahi à chaque instant la position non pas inconfortable mais inextricable dans laquelle il est obligé de rester, bien malgré lui. Là Shore introduit une nouvelle musique, un nouveau ton, rien à voir ni avec la nostalgie, le sautillant ou les guitares. Non, on a quelque chose de vraiment nouveau, et je crois que le terme le plus approprié est : déchirant. Mais sans pathos. Cette musique est des plus adulte, pas de gros violons, jamais, mais toujours une guitare, subtile, légère, déchirante, encore et toujours, déchirante. Elle cerne avec une pertinence redoutable Billy et son conflit intérieur, et elle constitue vraiment le coeur de la musique des Infliltrés. Un coup de maître de la part de Shore, pardon, de génie, et je dois avouer que je n'aurais pas cru notre cher compositeur canadien capable d'une telle musique. Je l'ai déjà trouvé génial dans l'épique mais jamais dans le déchirant, et là il me montre que j'ai tort. J'en suis profondément ravi, et je le redis sans limite : cette piste est l'oeuvre d'un génie. Et à elle seule elle vaut le détour.

8 - Command : mais parce que rien n'est jamais blanc ou noir, cette piste reprend les sonorités sautillantes pour atténuer l'effet de la piste précédente. Encore plus que la simple musique, ce qui est génial est ici l'enchainement entre les différentes ambiances, comme si rien n'était jamais acquis, tout remis constamment en question, une sorte de siège éjéctable où tout peut exploser d'un moment à l'autre. Encore une fois une telle musique colle parfaitement au film.

9 - Chinatown : la seule piste sur laquelle je vais faire une impasse. Avec ses sonorités vaguement asiatiques elle ne me convainc pas. Ce n'est pas qu'elle est sans intérêt, c'est juste qu'elle ne me parle pas du tout. Je trouve même qu'elle tranche (mais sans vraiment trancher, là est son malheur) avec le reste. Cela dit je trouve un certain intérêt dans les sortes de percussions qui apparaissent vers la moitié, même si je me demande à nouveau ce que ça vient faire ici... Une piste pas ratée, non, mais dont je ne saisis pas ni la portée ni le sens, dommage.

10 - Boston common : allez hop, une couche de nostalgie. Autant les ambiances sont les mêms, autant chaque piste ne sonne jamais comme les précédentes. Shore ne se répète jamais et c'est véritablement impressionnant ! Chaque piste est un bijou qui ressemble à son voisin mais, si l'on s'en approche, révèle des différences tout à fait majeures qui en changent tout. Shore est un orfèvre, et même si je ne suis pas friand de ce genre de "logique" artistique je dois dire que le résultat est époustouflant.

11 - Miss Thing : on retourne dans le sautillant avec cependant un fond de nostalgie, très léger. Sur la fin apparaissent des guitares électriques, qui prennent le relais, montrant, je pense, que la situation du personnage de DiCaprio, le sang sur les murs, risque d'entraîner avec lui son amour, cette psychologue qui est aussi la petite amie de l'alterego de Billy, le personnage de Matt Damon, mafieux infiltré dans la police.

12 - The Baby : de qui est-il, ce bébé ? De Damon ou de DiCaprio ? Plutôt du second en réalité. Ici un petit retour dans le nostalgisme et la noirceur. Encore une fois Shore renouvelle son ambiance tout en y restant fidèle, encore une fois il approfondit sans se trahir, encore une fois c'est une totale réussite.

13 - The Last Rites : la piste commence avec quelques accords sautillants et plutôt légers à la guitare sèche. Et puis tout doucement la musique bascule vers un peu de nostalgie, puis beaucoup. Elle redevient lumineuse l'espace d'un instant et bascule en un autre instant dans le sang et la mort, la mort de DiCaprio, brutale, sanglante, vite torchée, un pur moment de cinéma, quand reviennent en force ces guitares électriques, une dernière fois, avant le tomber de rideau sur cet opéra sheakspirien.

14 - The Departed Tango : un tango, comme son nom l'indique, sautillant, évidemment, mais sans réel rapport avec ce qui a été composé jusque alors. Ca ne tranche pas, ça conclue simplement le film et le tsédé de façon on ne peut plus pertinente. Pourquoi ? Je n'en ai aucune idée, toute la musique de Shore pour Les Infiltrés a quelque chose d'insaisissable, probablement parce que je ne suis pas du tout coutûmier des logiques qui la sous-tente, et partant il ne faudrait donc guère s'étonner si parfois je dis pas mal de conneries...!

Reste que Les Infiltrés est une grande pièce d'Howard Shore, une pièce qui le fait vraiment revenir sur le devant de la scène musicale, de ma scène musicale, même si je suis préfère et de loin une bonne musique de Zimmer, qui correspond plus à l'idée que je me fais de la musique de film, une musique entière et sincère, pas aussi pensée ou travaillée que celle de Shore. Mais ne m'en déplaise, ça déchire tout !

Son rang : une grande BO d'Howard Shore, qui révèle à quel point ce compositeur est génial, un orfèvre de la musique de films.

Par Olivier the Divine - Publié dans : MUSIQUE : De films
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