Mercredi 31 octobre 2007
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Dans la vie je suis étudiant là. En troisième année (les deux premières j'étais là-bas, deuxième ligne du tableau). Alors autant dire que ça, je commence à connaître, même si j'ai encore du boulot avant d'avoir ce certificat accroché sur un mur de mon bureau...
La vie d'un étudiant en troisième année se résume à ça : faire dans quasiment tous les cours un truc au début super-méga-giga-cool-tellement-c'est-un-raisonnement-puissant-en-L1, et qui devient
finalement super-pas-méga-cool-qui-nous-casse-les-couilles-en-L3... Je sais que dit comme ça c'est pas très clair, et rassurez-vous, vous n'aurez que ça (titre 27.3, en vrai on fait pas des lagrangiens mais des simples annulations de dérivées, enfin le lecteur standard de ce blog en aura rien à fouttre, et je
ne pourrais que l'en applaudir) pour vous éclaircir... Pas fameux hein ? Mais rassurez-vous, c'est fait exprès !
Ouais, j'ai pas envie de vous emmerder avec des cours de microéconomie, déjà que moi ça me rase, alors vous... Je vous dit, marrant au début, mais après avoir fait 485.572.405.382 fois cette
même chose très marrante pendant trois ans, ça calme les ardeurs... Pourtant la microéconomie c'est pas que des maximisations sous contraintes du genre casse-couille, c'est aussi des trucs
un peu plus constructifs desfois, mais en règle générale en L3 on branle pas grand chose, alors que voulez-vous les profs doivent se sentir obligés de nous faire faire des trucs qu'on a déjà fait
485.572.405.382 fois, histoire que nous, étudiants, ne branlions vraiment rien...
Bref, tout ça pour dire qu'aujourd'hui j'ai eu une révélation, mais Divine, d'enfer, dantesque aussi : en fait je cogite ma vie comme un individu maximisateur et rationnel, un homo
oeconomicus ! Enfin quand je dis "ma vie" j'entends surtout des moments importants, du genre "comment faire pour aller d'un point A à un point B en marchant le moins possible, sachant
que je n'ai pas non plus envie de me creuser la tête pendant des heures pour trouver une réponse à cette question ?", ou encore "comment minimiser le temps que je passe à faire mes
courses sachant que le reste de mon temps libre je veux absolument rien fouttre ?", etc. Enfin vous l'aurez compris, des trucs existentiels, des questions vraiment essentielles, qui
changent la vie d'un homme...
Et voyez mes enfants, enfin non vous n'êtes pas mes enfants, je suis encore trop jeune pour en avoir, ou alors vous seriez des bébés et parler à des bébés de maximisation sous contrainte, déjà
qu'à vous c'est pas évident, là ça serait vraiment mission impossible, bref voyez mes enfants, cette façon de vouloir tout optimiser (enfin dans mon cas c'est que des trucs casse-couilles que
je veux faire souvent durer le moins longtemps possible), c'est typiquement une maximisation sous contrainte. Par exemple avec mon histoire d'aller du point A au
point B en marchant le moins possible, en fait je veux marcher le moins possible parce que je suis une faignasse, mais j'ai comme contrainte la nécessité (ou
l'obligation) d'aller de A (là où je suis) à B (là où je dois aller)... Avant je me serais forcé à bouger mon corps, ou l'aurait fait parce qu'il aurait vraiment fallu que je le fasse et
donc plus le temps de tergiverser... Mais maintenant je raisonne en individu rationnel et finalement j'y trouve mon compte : 1) je m'exerce à la méthodologie des
sciences économiques, sans même m'en rendre compte, ce qui me permettre, à terme, de décrocher le certificat dont je vous parlais au tout début... 2) j'optimise très probablement
mon temps, ou tout autre chose que je cherche à optimiser (ça dépend des questions, des problèmes) 3) je suis plus détendu dans ma tête.
N'est-ce donc alors pas parfait, ma brave dame ?
Problème : cette maladie, qui s'est révélée à moi tout à l'heure, semble aussi toucher mes camarades de promo... Question : existe-t-il des associations pour futurs économistes en détresse ? Oui,
en détresse, parce que je vous dit, cette maladie, elle semble toucher la totalité, ou en tout cas une bonne partie, des étudiants en sciences économiques... D'un autre côté je me dis
que les étudiants en socio, en psycho, etc., doivent eux-aussi intégrer leurs cours dans leur vie, et leur façon de la concevoir doit s'en trouver là aussi changée (moi j'ai de la chance, ma
maladie se cantonne à des problèmes mineurs, comme vous l'avez vu hein, mais peut-être que d'autres sont plus atteints que moi...).
Mais en fait au fond c'est peut-être pas si anodin, parce qu'un instant de sérieux mes amis : n'est-ce pas finalement perdre en liberté, d'être aussi soumis au contenu des cours que l'on
nous enseigne ? Je ne jette évidemment pas la pierre aux enseignants, qui ne sont que des individus intégrés à une banale organisation sociale, organisation qui s'impose à ses membres, étudiants,
professeurs, administratifs, etc., organisation donc qui s'impose à ses membres, et les transforme. Impressionnant, et inquiétant aussi, tant l'individu voit sa liberté se
restreindre dès lors qu'il intègre une quelconque organisation sociale : université, entreprise, administration, etc.... Et finalement, ça m'amène à cette question vous allez voir,
hautement existentielle pour le coup : quelle part de nous-même est vraiment nous-même, et quelle autre part de nous-même est en réalité la société qui s'impose à nous ?
Je regretterais juste que la sociologie contemporaine ne soit pas capable, ou en tout cas ne m'apparaisse pas comme capable, de répondre clairement à cette question... Dommage
dommage...
Enfin voilà, c'est sur ces considérations hautement sociologiques, qui doivent très probablement vous passionner, que je vous laisse maintenant... Mais de grâce, n'oubliez pas
l'information essentielle du jour : je suis un tantinet taré... A bientôt mes lapinous, car comme Terminator, "I'll be back"...!